ninasaul

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La vie t'apprendra à dompter ta tristesse, que tu le veuilles ou non.

Dans sa main Nina avait trois petites pierres. Trois petites pierres qu’elle avait ramassées. 

 

Et sur son coeur Nina avait trois grosses larmes. Trois grosses larmes qui de concert avait décidé de ne pas couler, afin de ne pas sombrer. 

 

Calmement ses trois larmes sur le coeur, Nina faisait rouler trois petites pierres dans sa main.  Elle les passait de main en main, les caressait du bout des doigts, les faisait rouler sur ses jambes. Elle les regardait et elle songeait. Nina réfléchissait un peu mais pas beaucoup. Et c’est ainsi que le temps passait. Les pierres étaient plus douces que sa peau, elles étaient grises elles étaient blanches. Elle les avait ramassées par terre sur le chemin.

 

Nina ne pleurait pas mais ça ne voulait rien dire, et surtout pas qu’elle n’était pas triste. 

 

Tu le sais bien Nina, que serait le monde si tous les gens tristes passaient leur temps à pleurer ? 

 

Nina ne pleurait pas, mais ça ne voulait rien dire. 

 

La vie t’apprendra à dompter ta tristesse que tu le veuilles ou non lui avait dit une femme, ou bien était-ce un homme ? 

 

Trois petites pierres dans sa main, Nina pensait au monde elle pensait à la vie. Trois larmes sur le coeur, elle ne pensait ni au meilleur et ni au pire. Ce n’était pas un jour propice au rêve. C’était un jour propice à rien. 

 

Tout dans ce monde pouvait la rendre heureuse. Tout dans ce monde pouvait la rendre triste. Equilibriste. 

 

Mais plus la vie te rendra triste Nina et plus elle t'apprendra à être heureuse toi l'orgueilleuse. 

 

La vie est ainsi faite lui avait dit une femme ou bien était-ce un homme ? La vie est ainsi faite qu’il ne te sera pas possible de souffrir sans être heureuse Nina. Ou tu en crèveras de vivre si tu n’es pas heureuse. La vie est ainsi faite Nina qu’il ne te sera pas possible d’être heureuse sans sentir la douleur. Ou tu en crèveras aussi, de ne pas souffrir. La vie est ainsi faite Nina. Tu ne la changeras pas. Tu apprendras. 

 

Trois grosses larmes sur le coeur, trois petites pierres dans ta main. Rire t’élèvera. Pleurer un peu plus t’enterrera. Laisse tes larmes Nina à ceux qui en ont plus besoin que toi. 

 

Tu peux dormir sans te reposer Nina. Et te reposer sans dormir. Equilibriste. Trois petites pierres et trois grosses larmes. La vie est ainsi faite Nina.


01/06/2017
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La poésie ment-elle ?

Un soir de colère dans un monde en colère la poésie n’est que fumisterie, c'est ce qu'ils disent. Ils disent aussi que la poésie est une bourgeoise aveugle, une femme née belle qui ne sait rien du malheur et qui déclame des vers futiles. 

 

La poésie est un mensonge, un mensonge éternel. Comme celui de l'homme qui ment à la femme, comme celui de la femme qui ment à l'homme. La poésie n'est que fumisterie. 

 

La poésie dis-tu ? Une imposture ! Qui nous abreuve de fleurs de printemps et de couchers de soleil dans un monde éternellement sanguinaire. Une imposture qui caresse les rêves dans le sens des poils et qui prétend éradiquer les cauchemars des adultes. 

 

La poésie n’existe pas. 

 

La poésie n'existe pas Nina. Ne le sais-tu donc pas ? 

 

Laisse-moi te raconter ce soir Nina l'histoire de la violence d'un soir. 

 

Tu rentrais du cinéma. Tu étais dans ta voiture bloquée derrière une voiture qui n'avançait pas, à cause de ça. Un patron de bar sur sa terrasse pleine de touristes et de locaux, un patron de bar frappait un homme. Il l'avait mis à terre en le poussant violemment. Yeux grand ouverts face à cette scène tu baissais la tête au volant, ta fille à tes côtés tu voulais minimiser. Mais le patron du bar ne s’arrêtait pas, ne voulait rien minimiser et surtout pas sa colère, qui gonflait. Il frappait encore l'homme à terre. Sa hargne cognait. Tu as vu la jambe du patron, sa cuisse, son pied, s'élancer sur l’homme à terre, l'ennemi. Le pied a pris tout son élan depuis la cuisse depuis les tripes d'une puissance inouie, et a cogné l’inconnu dans les cotes, fragiles, dans le bide, une fois, deux fois, puis trois. Ta fille a vu tout ça, elle a vu la même chose que toi, la même violence, elle ne conduisait pas. La voiture devant toi n’avançait pas, tu étais bloquée devant cette scène, ta fille à tes côtés. La terrasse du bar était pleine, tout le monde voyait. C'était surréaliste. Un seul homme s’est levé, un seul. Il s’est interposé. Il a osé. Il était seul. Ta fille t’a demandé ce qui se passait. Tu n'as pas vu la suite. La voiture devant toi a avancé enfin, et tu as redémarré, enfin. Tu es rentrée à la maison, avec ta fille. 

 

Tu as couché ta fille et puis tu as pensé. A la violence de certains autres soirs ... 

 

Ta fille déjà il y a quelques mois t'avait demandé : "Combien de morts par jour fait une guerre Maman ? " Tu avais répondu "Beaucoup".  Alors elle avait ajouté : "S'il y avait des attentats tous les jours Maman, ça serait la guerre ?". 

 

La poésie n’existe pas. Pas tous les jours. 

 

La poésie n'existe pas toujours. 

 

La violence existe. Toujours et tous les jours.

 

La violence de la mort, la violence de la maladie, la violence du deuil. La violence du silence,  celle de la solitude. La violence du cancer, celle du suicide. Et toutes les autres.  

 

La poésie n’existe pas. Elle vit. Au même titre que la violence. 

 

Et la poésie sait. Oui, elle sait la douleur du monde. 

 

Et le soir dans le noir la poésie qui sait tout, celle qui sait tout de l'horreur du monde, celle qui subit toute la douleur. Alors la poésie s’envole … Et dans son envol, elle s’allège des seaux et des seaux de toutes les larmes d'un monde. Et c'est en portant les seaux de toutes les larmes du monde qu'elle arrose les fleurs les plus improbables, les mortes et les vivantes. 

 

Sans larmes et sans poésie, le printemps n'existerait pas. Et la vie ne voudrait plus vivre. 

 

La poésie irrigue nos vies. Elle veut tout simplement éteindre la douleur du monde, pour mieux dormir. 

 

Bonne nuit. 

 


14/05/2017
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La liberté de ton regard me fait rêver

La liberté de ton regard me fait rêver et le timbre de ta voix posée sur mon épaule ouvre la porte à la nuit bienveillante de mes rêves. Ta voix posée sur mon épaule a touché ma peau en plein coeur et une voix enfin, la tienne, renvoie mes cauchemars dans le monde de l’oubli. On dirait à t’entendre que le bonheur est immortel. Et je ne veux entendre que ça, que le bonheur ne meurt pas et qu’il ne mourra jamais. 

 

Le bonheur, dur labeur, est un choix, et sa semence denrée rare, est à semer à chaque heure. La bonne graine ne périt pas. Elle grandit, elle fait grandir, elle nourrit.

 

Mon regard est une énigme, un mystère indomptable. Un regard de douceur affublé de sourires. Un regard qui attend. Un regard qui s’ennuie. Un regard qui ne veut plus dormir, qui ne sait plus trouver le sommeil et qui ne le cherche même plus. Un regard fatigué de la voix du malheur. Un regard gardé secrètement prisonnier. Prisonnier de ma seule liberté. A offrir en partage. Hommage à Monsieur Brel. 

 

Je ne possède rien d’autre que mon regard et je regarde, et je ne fais que ça. Je regarde ta voix se poser sur mon épaule. Parle-moi d’éternité, d’éternité vraie. Parle-moi de tes douleurs et de tes deuils, en silence s’il le faut, et nous partagerons alors nos repas en toute simplicité. Et nous serons heureux, un court moment d’éternité. 

 

La liberté de ton regard me fait rêver. Libre à moi de regarder plus loin pour allonger l'éternité. Notre éternité. 

 

 

 

 


07/05/2017
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Il ne savait pas qu'un jour l'argent servirait à faire disparaître les rides des visages des femmes

Tout va tellement vite Nina que tu as l’impression de vivre au vingt-deuxième siècle. C’est insupportable ce temps qui passe si vite. Ce temps qui ne cesse de s’’accélérer. Et de te faire perdre la tête et de faire perdre la tête au monde. 

 

Rassure-toi, ce n’est pas juste toi qui vieillit Nina. Le temps passe de plus en plus vite, de siècle en siècle, de jour en jour, de minute en minute. C’est le destin du temps que de s'accélérer quelque soit l’âge de l'humanité, sans pitié. Même pour les enfants le temps est devenu un TGV. Fini le temps de jouer tranquillement, une autre époque, tu suis ? Ou vais-je trop vite ? Je t'explique. Le siècle, celui de tes enfants, est une Ferrari mais à ce rythme-là, tu as perdu le goût de conduire. Et pourtant...  Toi qui adulais la vitesse, toi qui aimais le vertige, tous les vertiges, et surtout celui des excès … Toi Nina qui embrayais et débrayais avec plaisirs et bruyamment, savourant les changements de rapports, perdant la tête dans les virages et dans le vent qui n'existait que par le mouvement de ton bolide, et par ton pied sur l'accélérateur, Dieu ... Tu aimais conduire Nina, tu aimes conduire, tu as toujours aimé ça.

 

Mais conduis-tu cette Ferrari du Temps Nina que ton plaisir est de freiner à plein tubes. Plaisir jouissif. Freine Nina, freine ! Stoppe le Temps, Stoppe l’Epoque, Stoppe Tout. Tu rêves de vivre au ralenti. Ton ralenti rêvé est devenu l’unique rythme de tes rêves. Tu rêves encore tu rêves Nina, tu ne t'arrêtes jamais de rêver à vive allure ou à pas lents, personne ne te dicte la vitesse de tes rêves ... Et le temps sérieux, celui qui court celui qui vole ne te prendra pas de court dans tes rêves qui filent ! Tu rêves Nina et donc tu vis … Et à quand tu vis Nina tu rêves ... Et dans un de tes rêves, parmi tant d'autres, tu vois cet homme inconnu qui sous un soleil brûlant de Provence au dix-neuvième siècle, avant l’eau courante du vingtième siècle, avant les avions, avant la vitesse, avant de déraper ... tu vois cet homme qui égraine en silence un chapelet, avec pour seule musique ses souvenirs et ses souffrances et sa vie, chèrement payée. Sa femme peut-être est morte, et ses enfants aussi. Peut-être. Cet homme prie pour elle, pour sa femme. Cet l’homme prie pour eux, pour ses enfants. Cet homme prie pour lui-même. Cet homme prie seul, il prie sans eux. Et ses enfants sont partis trop tôt, à la naissance ou à la guerre, trop tôt.. Et sa femme aussi est partie trop tôt. Souviens-toi Nina, souviens-toi lecteur, c’est le dix-neuvième siècle. Le monde mourait avant quarante ans ! 

 

Cet homme priait pourquoi Nina ? Homme silencieux d'un silence de ses peines endurées et de ses deuils. Homme seul, avec ses peines lourdes dans un ventre creux, son chapelet dans les mains, et puis du mauvais vin jamais bien loin, toujours mauvais. Et un chapelet, et tu précises Nina, un chapelet fait de noyaux d’olives. Des noyaux mâchouillés puis séchés et desséchés, puis enfilés en chapelet, c'est ainsi qu'on passait le temps avant le câble ... Un noyau par prière,  et des noyaux qui lui filaient entre les doigts et qui peut-être avant avaient filé entre les doigts de sa femme ou de ses ancêtres. Noyaux de Dieu. Cet homme en priant rêvait-il d’un autre monde, d'un monde plus heureux moins douloureux plus langoureux ? Rêvait-il de vitesse, pour aller ailleurs, peut-être ? Avant la Ferrari, avant les hôpitaux, avant les obstétriciens qui auraient pu sauver sa femme ou ses enfants. Avant la chirurgie ? Avant la Ferrari, Oui bien avant, les chapelets des gens en Provence étaient faits de noyaux d’olives ou d’autres cailloux de bois. Et de voeux pieux.

 

Les voeux des hommes d’aujourd’hui ont-ils changé ? Les voeux des hommes sont-ils tous pieux ? L'ont-ils jamais été ? 

 

Cet homme que tu ne connais pas Nina et qui n’avait à l’époque pour seul miroir de ses rides et de sa vieillesse que les visages de ses voisins, que les flaques d’eau, que les eaux stagnantes des rivières ou celles plus infinies et plus rares de lacs. Cet homme sans miroir et sans Ferrari ne voyait pas comme nous, ne pensait pas comme nous. Il espérait comme nous. Il espérait comme toi Nina. 

 

Cet homme qui priait et qui rêvait comme toi Nina, cet homme qui ne voyait pas les avions voler de continent en continent. Cet homme qui ne savait pas qu’un jour un avion, puis des centaines d’avions et puis tant d'autres, transporteraient quatre-cents personnes par vol vers d’autres cieux. Ds centaines d’avions, des milliers de gens dans le même ciel et dans les mêmes nuages que dans son ciel à lui.

 

Et toi Nina, que ne vois-tu pas dans ton futur que cet homme ne voyait dans le sien ? Tu ne vois rien Nina. Tu ne sais rien que le goût du sourire. Tu ne sais pas, tout comme cet homme ne savait pas qu’un jour les femmes et puis les hommes pourraient arrêter le temps qui passe sur leurs visages. Sur leurs visages terres d’illusions. 

 

Tu ne sais rien tout comme cet homme ne savait pas qu’un jour les femmes arrêteraient des rides de creuser leurs visages. Il ne savait pas qu’un jour l’argent servirait à ça, faire disparaître les rides des visages des femmes, et puis de tous les visages. 

 

Mais ce qu’il savait déjà cet homme. Et ce que sait l’éternité depuis qu’elle est née, c’est que le temps ne s’arrête que pour les hommes que pour les fleurs que pour les femmes que pour les enfants que pour le bonheur que pour les larmes.

 

Le temps ne s'arrête pas.

 

Il tue. 

 

Et c’est peut-être pour ça qu’un jour les hommes et les femmes ont jeté les chapelets et ont arrêté de prier. N'arrête pas d'écrire Nina, pas tout de suite. Pas tant que d'autres hommes prieront.  


13/03/2017
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Ce qui relie à la vie c'est quoi ? C'est qui ?

Une heure, une vie, un mot, un blog. Un déjeuner un dimanche au soleil, un déjeuner qui n’était pas prévu, un joli déjeuner que j’aimerais dessiner.

 

Deux vies de femmes qui se déversent le temps de se dire à peu près tout. En deux petites heures. Deux petites heures de rien du tout qui se sont allongées à force de se dire l’essentiel du moment. Deux heures consentantes. Deux heures de confiance nouvelle. Pas anodine. Une personne qui me parle, à qui je parle. Et nous savons pourquoi. L’Univers guide nos pas, nos voix. Deux heures nouvelles, deux heures de vie dont nous connaissons le prix tant nous avons appris à ne plus les perdre, tant nous les avons perdues Le temps devient cadeau. 

 

Le temps. Deux heures. Deux vies qui se déversent un lendemain de petit-déjeuner au soleil sur une terrasse de dernier étage. Un petit-déjeuner qui aurait pu durer l’éternité tant il était délicieusement délicieux. Utile. Terrasse de toit. Aix. Antre de conversations, berceau de fraternité de soeurs de coeur … 

 

Des confiances de terrasse en terrasse au soleil, qui naissent, qui se sentent, qui se respirent et qui respirent, qui ont envie d’exister, qui existent et qui aspirent à ne plus être déçues, c’est l’expérience qui veut ça, ne plus être déçues. Prendre le risque de prendre du temps. Oui. 

 

Un risque ? Un tout petit, pas anodin, un risque donc. Des femmes qui se parlent un dimanche au soleil.  Et avant que ces femmes ne se parlent, d’autres femmes .. Depuis l’enfance, depuis la mienne, depuis la vôtre … Des voix de femmes …

 

L'une d'elles, mère célibataire en 73 avant l’heure banale du célibat, dont un pan d’histoire qu’elle a écrit m’a transportée dans la profondeur du regard de ses yeux bleus et dans l’ampleur d'une vie de femme. Cette vie, loin du mari qu’elle avait quitté. Cette vie, devenue sa vie, pendue à l’attente d’une ligne téléphonique, mère d'un enfant, mère figée entre devoir d'éducation et sans communication vers l’extérieur, c’était l’époque … Deux ans d’attente en 1973 pour obtenir une ligne téléphonique dans un appartement au cinquième étage sans ascenseur, avec un enfant de trois ans, et de bouteilles de fioul à monter, seule, au cinquième étage. 

 

Ce qui relie à la vie, c’est quoi ? Avant ? Maintenant ? Tu as été tentée de la quitter la vie. Mais tu es toujours là. 

 

Tu étais là samedi. Avant le petit-déjeuner, avant le déjeuner. Tu étais là. 

 

Une autre, femme était là, d’une beauté subtile, brune et basanée, le cheveu impeccablement tiré en queue de cheval que j’envie. Ton style est impeccable. Ta peau est lisse et tes mains sont impeccables. Tout est rangé. Mais comment faire pour ranger la douleur ? La douleur n’est pas un drap qu’on plie. Ce serait si facile !

 

Une forme blanche qui surgit sous une lune qui se lève et qui se couche, entre l’insomnie d’une femme et la marche d’un homme, qui n’ont qu’autre destin de se séparer ? Comment survit l’amour quand l’homme qu’on aime s'évapore …  Quand l’homme qu’on aime … Quand l’homme  qu'on aime devient, semble devenir, l’ombre d’un inconnu qui conduit une MG rouge … Qui sait ? 

 

Et puis une autre encore était là. Que sait-elle ?  De tous les hommes qu'elle a aimés, quel est celui qui respire dans le merveilleux songe qu'elle nous a lu ? Elle, sublime lectrice ….

 

Nous dompteuse de mots, dompteuse de vies. Poètes du quotidien. 

 

Des femmes … Un samedi. En terrasses, au soleil. Le soleil de vos coeurs. De vos vies. 

 

Vos voix sont dans mes mains, dans ma mémoire, dans mon coeur.  

 

Qui veut savoir ce que savent les femmes ? 

 


02/03/2017
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