ninasaul

ninasaul

La poésie ment-elle ?

Un soir de colère dans un monde en colère la poésie n’est que fumisterie, c'est ce qu'ils disent. Ils disent aussi que la poésie est une bourgeoise aveugle, une femme née belle qui ne sait rien du malheur et qui déclame des vers futiles. 

 

La poésie est un mensonge, un mensonge éternel. Comme celui de l'homme qui ment à la femme, comme celui de la femme qui ment à l'homme. La poésie n'est que fumisterie. 

 

La poésie dis-tu ? Une imposture ! Qui nous abreuve de fleurs de printemps et de couchers de soleil dans un monde éternellement sanguinaire. Une imposture qui caresse les rêves dans le sens des poils et qui prétend éradiquer les cauchemars des adultes. 

 

La poésie n’existe pas. 

 

La poésie n'existe pas Nina. Ne le sais-tu donc pas ? 

 

Laisse-moi te raconter ce soir Nina l'histoire de la violence d'un soir. 

 

Tu rentrais du cinéma. Tu étais dans ta voiture bloquée derrière une voiture qui n'avançait pas, à cause de ça. Un patron de bar sur sa terrasse pleine de touristes et de locaux, un patron de bar frappait un homme. Il l'avait mis à terre en le poussant violemment. Yeux grand ouverts face à cette scène tu baissais la tête au volant, ta fille à tes côtés tu voulais minimiser. Mais le patron du bar ne s’arrêtait pas, ne voulait rien minimiser et surtout pas sa colère, qui gonflait. Il frappait encore l'homme à terre. Sa hargne cognait. Tu as vu la jambe du patron, sa cuisse, son pied, s'élancer sur l’homme à terre, l'ennemi. Le pied a pris tout son élan depuis la cuisse depuis les tripes d'une puissance inouie, et a cogné l’inconnu dans les cotes, fragiles, dans le bide, une fois, deux fois, puis trois. Ta fille a vu tout ça, elle a vu la même chose que toi, la même violence, elle ne conduisait pas. La voiture devant toi n’avançait pas, tu étais bloquée devant cette scène, ta fille à tes côtés. La terrasse du bar était pleine, tout le monde voyait. C'était surréaliste. Un seul homme s’est levé, un seul. Il s’est interposé. Il a osé. Il était seul. Ta fille t’a demandé ce qui se passait. Tu n'as pas vu la suite. La voiture devant toi a avancé enfin, et tu as redémarré, enfin. Tu es rentrée à la maison, avec ta fille. 

 

Tu as couché ta fille et puis tu as pensé. A la violence de certains autres soirs ... 

 

Ta fille déjà il y a quelques mois t'avait demandé : "Combien de morts par jour fait une guerre Maman ? " Tu avais répondu "Beaucoup".  Alors elle avait ajouté : "S'il y avait des attentats tous les jours Maman, ça serait la guerre ?". 

 

La poésie n’existe pas. Pas tous les jours. 

 

La poésie n'existe pas toujours. 

 

La violence existe. Toujours et tous les jours.

 

La violence de la mort, la violence de la maladie, la violence du deuil. La violence du silence,  celle de la solitude. La violence du cancer, celle du suicide. Et toutes les autres.  

 

La poésie n’existe pas. Elle vit. Au même titre que la violence. 

 

Et la poésie sait. Oui, elle sait la douleur du monde. 

 

Et le soir dans le noir la poésie qui sait tout, celle qui sait tout de l'horreur du monde, celle qui subit toute la douleur. Alors la poésie s’envole … Et dans son envol, elle s’allège des seaux et des seaux de toutes les larmes d'un monde. Et c'est en portant les seaux de toutes les larmes du monde qu'elle arrose les fleurs les plus improbables, les mortes et les vivantes. 

 

Sans larmes et sans poésie, le printemps n'existerait pas. Et la vie ne voudrait plus vivre. 

 

La poésie irrigue nos vies. Elle veut tout simplement éteindre la douleur du monde, pour mieux dormir. 

 

Bonne nuit. 

 



14/05/2017
2 Poster un commentaire

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 35 autres membres