ninasaul

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Lettre d'un soir

Il y a des choses plus faciles à exprimer avec un crayon qu’avec une bouche. 

 

La bouche. 

Elle mange, elle parle, elle chante, elle embrasse, elle mord, mordille. Elle trompe. Elle est fidèle. Est infidèle. 

Ta bouche à toi Nina, elle parle à qui ? Elle embrasse qui ? Elle rêve à quoi ? Et que mange-t'elle ? 

 

Le crayon. 

Il écrit,  dessine, copie, touche en plein cœur, dénonce, déclame, se taille, se trompe, esquisse. Il croque, caricature. Il assassine. Il est assassiné. Damné. 

Et ton crayon à toi lecteur il dessine quoi ? Il écrit quoi ? 

 

La bouche et le crayon. 

 

La bouche ne parle pas toujours. Pas tout le temps. Parce que. 

Parce que des fois elle ne veut pas, parce que des fois elle ne peut pas. Parce que des fois elle ne peut plus, elle ne sait pas, elle n’y arrive pas. Ou parce qu'elle n’a pas envie, n’a plus envie a moins envie ou ne sait plus ce dont elle a envie. Et puis des fois, la bouche a autre chose à faire. Vraiment. Autre chose à faire que de parler. Mais ce n’est pas parce que la bouche n’a rien à dire qu'elle se tait. Des fois c’est juste qu’elle attend. Le bon moment. Des jours meilleurs. Un peu de chaleur. Des gens meilleurs. Les bonnes personnes. La bonne.

 

Ta bouche à toi Nina, c'est tes pensées. Ta bouche à toi Nina, c'est ton crayon. Au bout de ton crayon Nina ton écriture, ta fille de voix est fille de joie.

 

Ta bouche écrit. Et ce soir elle écrit ceci, écrit ce bout de lettre. A la main. A quelqu'un. Sur une feuille de papier, l'encre bleue de ta voix dessine des lettres qui forment des mots, fils et filles libres et légitimes de tes pensées qui descendent et coulent le long de ton bras avant de se jeter à corps perdu, corps et âme dans ta main qui tient ton crayon. Ta plume. L'effet de gravité passe par le coeur, descente oblige depuis les rêves, descente oblige depuis l'enfance, en passant par la raison. Et toi Nina, adulte effervescente, pendant que les mots chantent dans ton cerveau, tu les regardes danser sur le papier. Et tu ne vois que ça, la Beauté de ton crayon qui écrit. La Danse. 

 

Et tu écris ce soir ce bout de lettre dans laquelle tu dis : 

 

« Il y a des choses plus faciles à dire avec un crayon qu’avec une bouche. A chacun son outil qui veut poser sa voix ou bien la faire entendre. Je pose  ici la mienne sans ouvrir la bouche, et je la pose en écrivant avec un crayon. Sur un papier. Et j'écris pour dire ceci. Que je n'ai pas sur le moment exprimé mon ressenti, et peut-être devrais-je m'excuser si vous en avez souffert. Sachez qu'à ce moment précis, alors que vous attendiez sans doute de le connaître mon ressenti, il venait de naître et il était en pleine croissance à l’intérieur de moi et il était libre et il était agréable et il était bon. Et il flottait. Et je savais qu'i il était rare. Il imposait mon silence, imposait tout silence. Silence.

 

Et vous l'aurez compris mon silence n’était pas dû à une absence de ressenti, mais à la saveur de mon bonheur qui n'est pas pas infini et que de ce fait je chéris, et que j'ai parfois trop perdu à trop vouloir le partager avec n'importe qui. Alors sachez que mon silence était un choix, le choix de vivre mon instinct."

 

L’on dit beaucoup que les mots libèrent mais l'on ne dit pas assez qu'ils enferment. Enferment à tout jamais. Les mots ont un pouvoir intraitable, ils sont définitifs. Et pour cela, parce qu’ils sont définitifs et parce qu’ils sont intraitables, ils se doivent d’être justes. J’entends par justes, justesse et non justice, cette dernière n’est pas, non elle n'est plus mon affaire, contrairement à la justesse à laquelle j'adhère.

 

Il y a des choses plus faciles à dire avec un crayon qu'avec une bouche. Le crayon gratte le papier. La bouche sourit.

 

Et toi lecteur, que dis-tu ? 



03/05/2018
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