ninasaul

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Le temps d'une respiration dans cet air saturé, banal

Aux premières images les mots se sont arrêtés ... 

De parler

Même les pensées se sont figées

Normal

 

Le feu à Notre-Dame

Que Victor pleure dans sa tombe

Qu’Hugo déplore lui qui se meurt une fois encore, une fois de plus

Lui qui, mieux que quiconque a connu ça, l’ampleur de la douleur. Brutale

 

Avec lui

A Paris aujourd'hui

Paris ce soir

 

Un bref instant, le temps d’un choc

Le temps d’une respiration

Dans notre air saturé

Banal

 

Nous avons regardé

Stupéfaits

Notre-Dame s'en aller en fumée

Hagards

 

Dans la foulée et sans surprise les vidéos ont déferlé

Les commentaires ont afflué

Médias télé, réseaux sociaux, radios

Fatal

 

Les Tours Jumelles, Charlie Hebdo, le Bataclan

Et puis avant

Des décennies de règne patriarcal

Intestinal et colonial

 

La guerre les armes

Les armes la guerre

L’Histoire

Que je ne veux pas la mienne

 

Demain je vais me réveiller de mon insomnie

Et je vais sentir dans ma main celle de ma fille qui a grandi

En me demandant lors des attentats de 2015 sur le chemin de l’école

« Maman la guerre, c’est quand il y a combien de morts ? »

 

Beaucoup Ma Chérie t’avais-je répondu, beaucoup 

A toi qui avais alors appris par coeur les paroles d’Imagine qui tournaient sur internet

Tu qui n’avais que 9 ans

Ce soir je te le dis, c’est un accident et je l’espère, rien d’autre

 

Demain matin qui sait 

De quoi le monde sera fait

Moi je sais qu’il l sera fait de toi

Et de moi qui crois en toi

 

Envers et contre tout


16/04/2019
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Smith & Wesson

Elle avait vu du monde ce qu’il fallait voir 

Un homme pointant un Smith & Wesson rutilant

Calibre 45 Canon Long sur sa jeune tempe rebelle

Tirer larme à l’oeil quitter ce monde puissant impuissante

 

Elle avait connu la guerre avant de voir couler le sang de son frère 

Aux pieds de leur adolescence défigurée parmi tant d’autres

Là, Agenouillée dans un chaos nouveau contemplant un morceau crevé d’âme grise gisante

Elle avait prié. Trop tard.

 

Rien n'y a fait

 

Elle avait vu ce qui excitait les hommes

Elle avait connu des femmes plus chiennes que les hyènes

Et des hommes plus chiens que les derniers des moins que rien

Elle savait pourquoi tous détestaient Noël 

 

Elle avait trouvé en l’ivresse

L’espoir de la détresse

La force de ses faiblesses

Une autre idée de la richesse 

 

Dès lors et en vérité depuis sa plus tendre enfance, on la reconnaissait aux cernes qui cerclaient ses yeux

Avant de la reconnaître à son sourire 

Qui portait à bout de coeur une invisible et incomparable force de vivre

Amie de la beauté et de la vérité

 

Elle n’a jamais cessé de vous sourire pourtant

Mais dieu qu’il vous en aura fallu du temps

Pour savoir qui elle est vraiment

Depuis tout ce temps. Aimez-donc vous tant le perdre ? 

 

Voilà de quoi la faire sourire … Encore

Avant que le monde ne sache enfin soigner ce mal ultime

Qu’est l’Ignorance de l’autre

Qui est - le mal est dit - Infinie

Sous vos regards petits

 

 

  

 


26/03/2019
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La faille, ce merveilleux champ de bataille

Le monde des vieilles frontières résiste

Comme d’antan. Et pas plus tard que maintenant

Se bat encore et toujours sur les fronts stratégiques

Là où de mémoire d'historien il a toujours fait bon se battre

Envoyant au bûcher ses enfants les plus pauvres

Et cela s'entend, les plus ignorants

 

Le monde des vieilles frontières vacille

Il tremble devant un monde nouveau qui le dépasse

Qui communique sans foi ni loi

Qui voyage sans passeport sur internet

Qui fait la guerre à la maison derrière l’écran

Qui insulte le juif, la pute, le mécréant

 

Le monde des patriarches hausse le ton

Bombe le torse et menace et menace, menace

De bomber. D'atomiser. De murer. Et promet

Propagande à tout va

Un monde meilleur par delà les campagnes médiatiques en délire

 

La faille, leur merveilleux champ de bataille, est la perte des repères

De nous si nombreux qui avons perdu espoir

Rectifions. 

De nous si nombreux qui avons, un temps, un temps seulement, perdu espoir

Parce que nous en sommes convaincus, avant c’était Mieux

 

Faut-il pour autant

Au gré du maigre temps qui nous est compté

Laisser tomber nos enfants  ?

Et contribuer à ce massacre menu quotidien

En abandonnant demain ?

J'ai connu plus combattant par mauvais temps vraiment

 

Et si le monde des vieilles frontières se fatiguait ?

Et si, doucement mais surement

Il s’inclinait devant un monde nouveau qui le dépasse

Qui communique en toute bonne foi

Qui voyage sans passeport sur internet

Qui exprime autre chose que la Guerre

 

Qui n’insulte personne

Qui rassure qui a peur

Qui ne baisse pas les bras

Qui éduque humblement sans relâche

Qui trébuche et toujours se relève, même fatigué, même usé

Qui parfois se trompe

Qui partage sur les réseaux sociaux ce qu’il y a de meilleur

Dans l’espoir …

 

L'espoir d'un monde sans frontières 

Vieille utopie d'un homme qui se rêve libre

 

Elle est peut-être là son utopie

Derrière ton écran

 

Dessine-la

Elle est à toi

Elle t’appartient

 

 


07/03/2019
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Attentats de proximité

Fille de la République, petite-fille de la Libération et de la Délation

Née sous l’ère du Service Public au comble de sa réussite 

J’ai vénéré l’éducation laïque et gratuite. Je l’ai bénie 

J’ai emboité le pas de la théorie, mouvance de la majorité dominante de l’époque

De gauche (comme moi)

 

J’ai appris, j’ai récité, j’ai planché à l’université et j’ai triché aussi

Et j’ai craché sur l’argent et sur la réussite

Comme on me l’avait appris à l’école publique

Et puis j’ai épousé un garçon cultivé et diplômé

De droite (comme moi)

 

Et puis

 

Sans aucun sens des responsabilités

Oublié des programmes scolaires mais aussi négligé des familles

Les pires comme les meilleures

 

Nous nous sommes déchirés

Avec un enfant au milieu

Nous sommes passés très naturellement et sans aucun complexes

De l’Amour à la Haine et n’avons réglé aucun compte mais surtout aucun problème

Juste alourdi la dette transmise au fruit de notre amour

 

Qui grandissait au son des attentats terroristes nouveaux

Déflagrations des attentats de proximité

La République et le Service Public

Etaient violés, assassinés par des enfants adoptés, meurtris 

Que personne n’avait pris le temps de reconnaître (sauf en théorie)

 

Et voilà qu’ils criaient à ciel ouvert plus fort que leurs parents

Et voilà qu’ils se suicidaient dans d’immondes bains de sang

Au prix de la théorie dont on nous avait gavée enfants, adolescents

Et dont nous nous contentions, adultes 

 

Et voilà que tout se mélangeait

Sur les rond-points

Que toutes les colères se battaient entre elles

Que des camps se formaient

Que l’orthographe et la connaissance divisaient sans que personne ne les maîtrisât

 

Et voilà que les noms d’oiseaux volaient

Et se cristallisaient sous les objectifs affamés parfois incultes, des médias et du peuple

Juifs, Juden, Pute à juifs, Capitalistes, Pédés, Putes, Enculés, Communistes, Syndicalistes, Assistés

 

Sans déconner …

A quand la Révolution de la Paix ?

 


18/02/2019
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Si j'avais 90 ans je vous dirais qu'on en a chié vraiment, vous n'avez pas idée ...

Si j’avais 90 ans 

Je me souviendrais

Je me souviendrais de quand la guerre a commencé

Et je me souviendrais surtout de quand la guerre

S’est terminée

 

La Deuxième Guerre Mondiale qu’on a vécu locale

Avant de l’appeler mondiale

Vous ne voulez pas savoir

(Non. Vous ne voulez pas)

 

On en a chié vraiment, vous n’avez pas idée`

 

Si j’avais 90 ans

Je me souviendrais de sa fin

La fin de la guerre

La Seconde Guerre Mondiale

De quand on a pu danser enfin ensemble

De Nos corps libres

De nos âmes libérées

 

Je me souviendrais de tout 

Je ne me souviens de rien

 

Je me souviens 

 

De quand on a pu manger enfin à notre faim

De quand on a pu se reposer, se détendre, s’endormir en paix, enfin

Et se marier avant de faire l’amour

Ou peut-être après

Pêché mortel. Pêché charnel

 

Ne me dites pas comment aimer une femme

Je l’ai aimée

La mère de nos enfants

 

Si j’avais 90 ans

Je dirais à mes enfants mes erreurs

Je leur dirais, maintenant que leur mère est morte, que je crève de son absence

Et que j’en perds la tête et que j’abdique, que j’abandonne

Je leur dirais que leur souffrance se mesure (enfin) à la mienne

Je leur dirais que je les aime

Pourquoi ne leur ai-je pas dit avant ?

 

Si j’avais 90 ans

Je dirais tout

Mais j’ai perdu la tête

 

Et j’ai 90 ans

 

Et je suis cet homme seul, qui marche sur un bord de Départementale

Qui s’enfuit de la maison de retraite plusieurs fois par jour

Qui marche vers un futur qui n’est rien d’autre que son passé

 

Et je ne me souviens même pas de cette femme

Qui s’est arrêtée sur la Départementale en me voyant marcher à vide

Que pourtant j'ai marqué à Vie

Elle ne faisait que rouler, je ne faisais que marcher

 

Nous nous sommes rencontrés ... 

Et je lui ai demandé sans dire un mot :

La Guerre Mondiale dites-moi, elle est finie ? 

 


13/02/2019
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