ninasaul

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Où que tu sois mon frère, je te demande de croire en moi

Un soir sans toi. Un soir de solitude ennemie. Un soir où être seule n’est pas possible. Un soir où être forte est une plaisanterie. Un soir où je m’effondre.  

 

Une vie sans toi ou plutôt, une moitié de vie sans toi. Une moitié de vie où par la force des choses la solitude est devenue mon alliée. La solitude que je bénis. Ma seule amie devant l’humanité. L’humanité a autre chose à faire que de sécher mes larmes. L’humanité se fout des larmes. En général. 

 

Ce soir. 

 

Ce soir mon frère. 

 

Ce soir je faillis à ma réputation de femme forte. Ce soir je pleure, ce soir je bois, seule. Ce soir je fume. Je suis une ombre de moi-même. Je suis l’ombre de toi-même (je crois que c’est ce que je suis devenue en vérité, une ombre de moi, une ombre de toi). 

 

Ce soir.

 

Ce soir comme tous les soirs, je suis avec toi où que tu sois. Et tu es avec moi où que je sois. Et tu es avec moi quoique je dise. Quoique je fasse. 

 

Mais. 

 

Mais depuis que tu es parti, tu es avec moi quoique je ne fasse pas. Depuis que tu es parti mon frère, je ne suis plus moi. Comment pourrais-je l’être ? Sans toi. Je ne suis qu’une moitié de vie. 

 

Ce soir sans toi mon frère, je n’y arrive pas. Et ce soir je te pleure. 

 

Je crois en toi où que tu sois. 

 

Et toi, où que tu sois, je te demande de croire en moi. Mon frère. 

 

Demain ça ira mieux, comme tous les jours. 


18/06/2018
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Lettre d'un soir

Il y a des choses plus faciles à exprimer avec un crayon qu’avec une bouche. 

 

La bouche. 

Elle mange, elle parle, elle chante, elle embrasse, elle mord, mordille. Elle trompe. Elle est fidèle. Est infidèle. 

Ta bouche à toi Nina, elle parle à qui ? Elle embrasse qui ? Elle rêve à quoi ? Et que mange-t'elle ? 

 

Le crayon. 

Il écrit,  dessine, copie, touche en plein cœur, dénonce, déclame, se taille, se trompe, esquisse. Il croque, caricature. Il assassine. Il est assassiné. Damné. 

Et ton crayon à toi lecteur il dessine quoi ? Il écrit quoi ? 

 

La bouche et le crayon. 

 

La bouche ne parle pas toujours. Pas tout le temps. Parce que. 

Parce que des fois elle ne veut pas, parce que des fois elle ne peut pas. Parce que des fois elle ne peut plus, elle ne sait pas, elle n’y arrive pas. Ou parce qu'elle n’a pas envie, n’a plus envie a moins envie ou ne sait plus ce dont elle a envie. Et puis des fois, la bouche a autre chose à faire. Vraiment. Autre chose à faire que de parler. Mais ce n’est pas parce que la bouche n’a rien à dire qu'elle se tait. Des fois c’est juste qu’elle attend. Le bon moment. Des jours meilleurs. Un peu de chaleur. Des gens meilleurs. Les bonnes personnes. La bonne.

 

Ta bouche à toi Nina, c'est tes pensées. Ta bouche à toi Nina, c'est ton crayon. Au bout de ton crayon Nina ton écriture, ta fille de voix est fille de joie.

 

Ta bouche écrit. Et ce soir elle écrit ceci, écrit ce bout de lettre. A la main. A quelqu'un. Sur une feuille de papier, l'encre bleue de ta voix dessine des lettres qui forment des mots, fils et filles libres et légitimes de tes pensées qui descendent et coulent le long de ton bras avant de se jeter à corps perdu, corps et âme dans ta main qui tient ton crayon. Ta plume. L'effet de gravité passe par le coeur, descente oblige depuis les rêves, descente oblige depuis l'enfance, en passant par la raison. Et toi Nina, adulte effervescente, pendant que les mots chantent dans ton cerveau, tu les regardes danser sur le papier. Et tu ne vois que ça, la Beauté de ton crayon qui écrit. La Danse. 

 

Et tu écris ce soir ce bout de lettre dans laquelle tu dis : 

 

« Il y a des choses plus faciles à dire avec un crayon qu’avec une bouche. A chacun son outil qui veut poser sa voix ou bien la faire entendre. Je pose  ici la mienne sans ouvrir la bouche, et je la pose en écrivant avec un crayon. Sur un papier. Et j'écris pour dire ceci. Que je n'ai pas sur le moment exprimé mon ressenti, et peut-être devrais-je m'excuser si vous en avez souffert. Sachez qu'à ce moment précis, alors que vous attendiez sans doute de le connaître mon ressenti, il venait de naître et il était en pleine croissance à l’intérieur de moi et il était libre et il était agréable et il était bon. Et il flottait. Et je savais qu'i il était rare. Il imposait mon silence, imposait tout silence. Silence.

 

Et vous l'aurez compris mon silence n’était pas dû à une absence de ressenti, mais à la saveur de mon bonheur qui n'est pas pas infini et que de ce fait je chéris, et que j'ai parfois trop perdu à trop vouloir le partager avec n'importe qui. Alors sachez que mon silence était un choix, le choix de vivre mon instinct."

 

L’on dit beaucoup que les mots libèrent mais l'on ne dit pas assez qu'ils enferment. Enferment à tout jamais. Les mots ont un pouvoir intraitable, ils sont définitifs. Et pour cela, parce qu’ils sont définitifs et parce qu’ils sont intraitables, ils se doivent d’être justes. J’entends par justes, justesse et non justice, cette dernière n’est pas, non elle n'est plus mon affaire, contrairement à la justesse à laquelle j'adhère.

 

Il y a des choses plus faciles à dire avec un crayon qu'avec une bouche. Le crayon gratte le papier. La bouche sourit.

 

Et toi lecteur, que dis-tu ? 


03/05/2018
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N’oublie pas de briller comme un phare solitaire sur une côte oubliée

L’histoire sans fin de la vie est ici, elle est dans les insomnies, elle est dans la quête du sens de la vie, jour et nuit.

 

 

Ne pas dormir c’est essayer de comprendre l’incompréhensible, l’inadmissible, c’est notre questionnement qui cherche des réponses, c’est notre questionnement qui nous punit justement, injustement, c’est la conscience de la vraie vie, le souffle de nos entrailles qui ne dorment jamais.

 

 

L’histoire sans fin de la vraie vie, c’est l’errance, jour et nuit. Mais l’errance a un sens. Et elle prend tout son sens quand enfin, après une perdition solitaire en haute mer, la lumière d’un phare surgit. Espérée, inespérée, attendue, bénie elle est là, enfin. La lumière qui indique une terre, une amie, une terre promise. Le phare.

 

C’est toi pour moi. C’est moi pour toi.

 

C’est une voix qui t’entend, et surtout, une voix qui répond. C’est une voix que tu as cherchée, qui t’a localisée et qui te reconnait.

 

Le phare bien entendu n’est pas l'arrivée tout à fait, mais l'espérance que tu y arriveras.

 

Toi qui es seule sur le navire, il te reste un bout de chemin à parcourir, et pas le moindre. Arrivée à bon port Nina, n’oublie pas qu’un phare t’a éclairée.  N’oublie pas que le vent t’a portée, n’oublie pas que le soleil t’a réchauffée, n’oublie pas que la pluie t’a tenue éveillée, que le bateau t’a fait voyager, n’oublie pas que la mer t’a nourrie. N’oublie aucune lumière de ta vie Nina et surtout, n’oublie pas de briller, comme un phare solitaire sur une côte oubliée.  


22/03/2018
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Qui es-tu toi que j'ai tant aimé ?

La dernière fois que j’ai dit que je t’aimais

J’y ai perdu des plumes

J’y ai perdu mes ailes

Et j’ai pendu mon coeur

 

J’ai perdu mon âme à t’aimer

Je l’ai perdue toute entière

J’ai perdu des années

Que je ne retrouverai jamais

 

Je t’ai donné ma vie

Tu as refait ta vie

Tu as brisé la mienne

Tu as eu d’autres enfants

 

Toi qui n’en voulais pas

Moi qui en voulais plein

Toi qui en as eu d’autres 

Avec une autre femme

 

Qui es-tu 

Toi que j’ai tant aimé ?

Qui es-tu

Toi que je n’aimerai plus jamais ?

 

Qui es-tu

Toi le père absent ?

Qui es-tu

Toi qui n’aimes que toi ?

 

Qui es-tu

Pour notre fils

Que tu aimais d’amour

Tu ne lui parles même plus

 

Qui es-tu 

Toi le violent

Qui sans lever la main

M’a fait trembler à tout jamais ?

 

Une décennie n’a pas suffi

A grimer ma terreur

Une décennie n’a pas suffi

A me faire oublier

 

Le souffle de ta haine

 


20/03/2018
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Un peu de violence dans ce monde de biches

Tu as promis dans ton dernier billet Nina de revenir, de revenir très vite, de revenir parler des voix de ces femmes qui te hantent, de ces voix qui ont fait le tour du monde par le plus court chemin, celui du virtuel. Ces voix qui sont entrées dans nos foyers, et qui y sont resté, un bon moment. Dans le poste elles ont été décortiquées dans tous les sens par les analystes, les spécialistes, les journalistes, les alarmistes, les kystes, d’obédiences ovariennes pour la plupart, mais pas seulement.  

 

Tout a été dit sur les voix de ces femmes Nina. Tu n'as peut-être pas tout entendu, mais tu te souviens. Du premier grognement, de la première affaire. Un gars bien enrobé, bien riche, bien haut placé, qui se faisait obéir au doigt et à la bite, et à la bite surtout. A sa manière bien particulière, et pour le moins, très personnelle. Ses agissements peu scrupuleux ont été rendus publics par une de ses victimes, une femme, puis par d'autres victimes, des femmes. Leurs témoignages ont déchaîné chroniques et commentaires via le web-interplanétaire.

 

Premières libérations de paroles. Premières volées de voix. Le monde a entendu bouche bée, mais non circonspect ce dont il retournait. Abus de pouvoir d’un homme puissant pour obtenir les faveurs sexuelles de bellissimes actrices, de sublimes comédiennes. Le consentement de dulcinées est une denrée comme les autres, il se monnaye, se négocie, il se travaille. No pain no gain. Il a travaillé dur le producteur, a eu sa récompense, sa jouissance, servie sur un plateau. Une créature de rêve à genoux à ses pieds et lui, la main sur la tête de la dame. Et plus d'une fois. La gloire c’est par ici Chérie que tu le veuilles ou non. Peur, terreur, domination, menaces, chantage, humiliations ? Déontologie de base du prédateur pourri, un style de vie. 

 

A ce stade, ce tour du monde des voix des femmes ne faisait que commencer. Seconde affaire. L’incendie. Big time. Un chanteur, ancienne légende vivante dont le public en masse buvait en liesse des paroles rock-and-roll, faisait la nique vocale et électrique aux bassesses du système, aux bassesses de l’industrie du disque, et à bien d’autres bassesses. Au sommet de sa gloire pourtant, chute abyssale. Pas pour des prunes. Non, pas pour des prunes. Pour des années de tôle plutôt. Huit ans, sentence du juge, quatre ans dans la vie ferme, dans sa vraie vie. La justice et la vraie vie sont deux choses parfois plus éloignées que l’on ne pourrait l’espérer. Remise de peine à la moitié de sa sentence, ça peut laisser songeur, ça peut laisser songeuse. Mais ça dépend du crime et de la société. La sagesse parfois se trouve dans le droit, et parfois pas. Et le droit lui, se trouve dans la loi qui protège les plus forts. Qui protège les plus faibles je voulais dire. Pardon. Retour aux faits. 

 

Le chanteur condamné qui avait pris huit ans se conduisait bien dans la prison, dans la prison sans femmes, alors on lui a accordé le droit de sortir quatre ans plus tard, quatre ans plus tôt. Comment douter, comment ne pas douter, de la compétence d’un qui juge qui connaissait le dossier dans ses largeurs et profondeurs ? Comment douter, comment ne pas douter, de la loi dans sa splendeur ? A n'en pas douter pourtant, un juge a signé un papier officiel, le chanteur est sorti de la prison, il est rentré chez lui.

 

Et puis un jour de liberté et un suicide de femme plus tard, le chanteur a voulu revenir dans la lumière des projecteurs. Créer n’est pas un métier, c’est une obligation, une conviction, une ultime raison de vivre. Revint alors le jour pour le chanteur de partager son art, de le partager à nouveau, de revenir dans la lumière. Il le pouvait pensaient certains car il avait purgé sa peine le beau chanteur au sourire ravageur au ton railleur, railleur immodéré des temps modernes. Il avait payé son crime à la société. Payé quatre ans de sa vie ferme, monnaie sonnante et trébuchante.

 

La vie humaine est une denrée comme les autres, elle se monnaye, elle se travaille, se négocie. Ou s’obtient par la force. Le prix d’une vie dépend des saisons, des couleurs, des odeurs. Le prix de la vie d’un être humain, d’une femme, ruée de coups par autre être humain, un homme, a-t-elle un prix ?

 

La mort. Huit ans de prison. Ou plutôt quatre.

 

Tout se monnaye. Ou s’obtient par la force.

 

Il l’a frappée. Elle est tombée, et elle n’a plus crié, puis il a cru après qu’elle s’était endormie. Elle respirait encore.

 

Il l’a frappée. Elle est tombée, et elle n’a plus crié, puis il a cru après qu’elle s’était endormie. Elle respirait encore.

  

Dix-neuf impacts de coups sur son corps. Dix-neuf impacts dixit le dossier médical après coup. Il faut croire que pour le chanteur, pour cet homme fort, la seule chose qui comptait, qui l’obsédait, c’était que cette femme-là se taise. Et elle s’est tue. Et là est l’essentiel. Pour lui à cet instant. Plus rien d’autre ne comptait, même plus l’amour.

 

Après coup le chanteur épuisé l’a mise dans leur lit, un lit de chambre d’hôtel. Après avoir essuyé le sang sur son visage, après l’avoir déshabillée pour la coucher. Scène d’une vie conjugale. De jalousie. Scène de ménage. De violence. Accident. Assassinat.

 

Elle est morte quelques jours plus tard. 

 

Les autres femmes, celles de la première affaire, sont encore bien vivantes. Le producteur, il n’était pas violent pareil. Il demandait des trucs, il ne demandait pas la lune quand même. Juste un échange de bons procédés. Un peu de douceur dans ce monde de brutes. Un peu de troc. Facile. Pas besoin de sortir les poings, juste un stylo pour signer le contrat, un second rôle, un premier rôle. Ou ne rien signer du tout si le service demandé, le tout petit service demandé n’était pas réalisé dans les meilleurs délais et, dans le meilleur des mondes. Endroits sublimes, draps en soie, béton ciré, si tu préfères l’usine ma fille, c’est ton problème.

 

L’histoire ne dit pas si le producteur et le chanteur se sont croisés, mais sur le web leurs histoires se sont percutées en plein vol, quand le chanteur a fait la Une d’un organe de presse des plus sérieux, quand le producteur a essuyé les accusations publiques de ses victimes. C'est l'escalade et puis, c'est le climax. Climax de deux histoires croisées. Climax des voix des femmes.

 

Timing béni des dieux, mais aussi des déesses. Tollé sur les réseaux sociaux, levée de boucliers. Femmes en colère. Par centaines, par milliers, ou par millions peut-être. Des femmes sur internet à leurs claviers. Elles s’insurgent et elles veulent que ça cesse. Que quoi cesse ? La domination des hommes. La soumission des femmes.

 

Pendant que certaines vomissent le retour du chanteur, que les penchants sexuels du producteur explosent à la face du cinéma mondial, pendant que les acteurs mâles suent à grosses gouttes et que les politiques s’en mêlent... Voilà que pendant tout ce remue-ménage-là, les femmes font leur ménage sur internet ... Une habitude sans doute. Sans prendre de gants cette fois c'est vrai, excusez-les du peu.

 

Certaines femmes se rappellent. Et beaucoup se rappellent. Beaucoup trop. Un vécu douloureux, une sale histoire, un mauvais souvenir, un souvenir qui fait mal, encore très mal. Elles aussi. Elles aussi ont vécu un rapport de force à sens unique. Un rapport de force perdu d’avance. Alors voilà qu’elles se mettent à balancer. Tout balancer. Tout. Absolument tout. Ras-le-bol de la mauvaise bidoche ! Ras-le-bol de la viande avariée qu’on leur fait avaler !  

 

Ca exulte, ça explose et ça déborde dans tous les sens. Et ça balance dans tous les ports. Alors.

 

Alors ça fait beaucoup trop de bruit et ça commence à déranger dans les chaumières, malaise des charentaises. D’autres femmes s'en mêlent et disent aux femmes d’arrêter de balancer. Hé vous les femmes, arrêtez de balancer, c’est déplacé disent d’autres actrices, et des intellectuelles officielles. Un peu de tenue enfin ! C’est déplacé de balancer ! Personne ne disait ça pendant la guerre, que c’était déplacé de balancer. Pourtant ça balançait sévère. Alors depuis la dernière guerre on le sait, on a appris, c'est pas bien non, ça n'est pas bien de dénoncer. En mémoire du passé, en violation du présent, on le décrète sans honte : la dénonciation est le pire des actes. Barbare, blasphématoire, liberticide. Et c'est sans concession. Espèces de trous du cul ! Pour l’homme qui donne dans la violence conjugale et dans le harcèlement, ce qui lui permet d’agir au quotidien, de continuer, de répéter ses gestes et ses paroles, ses gestes et ses paroles, ses gestes et ses paroles, ce qui lui permet d'agir au quotidien, c’est le silence de sa victime. C’est le silence de sa victime et le silence des autres. Silence après silence et la violence avance.

 

Au lieu d’essayer de comprendre ça, et c’est pourtant pas compliqué à comprendre, on préfère hommes et femmes s’en donner à cœur joie sur l’abomination de la dénonciation, en allant jusqu’à dire que notre époque de grandes gueules virtuelles et télévisuelles pue la censure et le fascisme, tue le plaisir. On préfère se déchaîner sur ça, que de se concentrer sur le cœur du problème. L’homme se sent attaqué, menacé par la femme. L’homme menacé croit que porc veut dire homme, alors que porc ça veut dire porc. Et allons-y, truie ça veut dire truie aussi, et il y en a autant chez les femmes. Le mal n’est pas le monopole de l’homme. La femme excelle aussi en la matière. Plus rarement en assénant dix-neuf coups à mains nues à son conjoint le conduisant ainsi à la mort, plus rarement en forçant ses subordonnés hommes à se soumettre sexuellement. Ce ne sont pas là des méthodes de femmes, ou plus rarement. Le débat est donc bien là, sur ce rapport de force. Sur ce manque de retenue physique, ce manque de retenue du sexe, ce manque de retenue du poing, ce manque de retenue de gueule, sur ce sempiternel inné sentiment de supériorité.  

 

Tout n’est pas viol et c’est une évidence. Cette fâcheuse tendance à insister quand visiblement une femme n'est pas partante, ça n’est pas du viol. Cette tendance à vouloir les femmes parfaitement faites perchées sur des talons, ça n’est pas du viol. Cette tendance à payer les femmes moins que les hommes et à accepter cette tendance, et à ne rien faire pour que ça change, ça n’est pas du viol. OK. Et une main au cul, c’est vrai, pas de souci on est d'accord, les femmes s’en remettront. Les femmes savent ce qu'est le viol et ce qui ne l'est pas. 

 

Mais peut-être faut-il changer les mentalités ? Peut-être faut-il éduquer les femmes à se frotter contre les hommes dans le métro, peut-être faut-il éduquer les femmes à mettre des mains au cul des hommes, ça serait plus sympa non ? Pourquoi les femmes n’en sont toujours pas là, à ce niveau, au niveau de ces hommes-là ? Pourquoi ? Résistance récurrente à une domination persistante et abusive ? Les femmes sont-elles fatiguées ? Fatiguées de s’être battues pour aller à l’université, fatiguées de s’être battues pour aller voter, fatiguées de s’être battues pour pouvoir travailler, pour avoir un compte en banque, pour ne pas être les seules à changer les couches, pour ne plus être les seules à se lever la nuit pour les biberons … Liste non exhaustive. Sont-elles déçues d’avoir eu à se battre et de devoir continuer à le faire, de n'être toujours pas reconnues pour leurs combats ? Déçues que l’égalité de traitement ne coule toujours pas de source ? Bien entendu, les histoires des unes et celles des autres, et les histoires des uns et celles des autres, sont toutes différentes. Et bien entendu, celles de nos enfants, de nos petits-enfants, de nos arrière-petits-enfants seront encore différentes. Oui, qui sait si à l’école demain on ne leur apprendra pas que le féminin l’emporte sur le masculin. Car n'est-il pas vrai qu'aujourd’hui on leur apprend que le masculin l’emporte sur le féminin ? Alors oui, qui sait de quoi demain sera fait ? 


04/03/2018
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